Pickpocket

De Robert Bresson

Avec Martin LaSalle, Marika Green, Pierre Leymarie

France ⎢ 1959 ⎢ 1h15 ⎢

 

Séance ⎢ Dim 21 oct × 16h ⎢


L’itinéraire de Michel, jeune homme solitaire, fasciné par le vol, qu’il élève au niveau d’un art, persuadé que certains êtres d’élite auraient le droit d’échapper aux lois.


Séance suivie d’une conférence de Thierry Cormier
Robert Bresson, le compositeur
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«Dans ce travail, la psychologie, la poésie n’ont aucune part ; il s’agit d’obtenir une certaine harmonie en combinant plusieurs éléments, dont le choc, entre eux, provoque une infinité de rapports : le jeu et le son, les regards et les bruits, les décors et les éclairages, le commentaire et la musique. Le tout fera un film de Bresson, c’est-à-dire une sorte de réussite miraculeuse qui défie l’analyse et qui, si elle est parfaite, doit susciter chez le spectateur une émotion plus neuve et plus pure. »François Truffaut, « Les Films de ma vie ».

Un film est fait pour y pénétrer, pour que le spectateur y soit absorbé tout entier, écrivait Bresson. En 13 longs métrages et un livre, « Notes sur le cinématographe », il n’a cessé d’interroger son propre travail de cinéaste, de le faire évoluer de film en film dans une recherche presque envisagée comme une quête : celle de la vérité et de l’efficacité. 

A travers des histoires souvent simples mais universelles, des récits ramassés mais riches de nouvelles perspectives, la précision filmique de Bresson a toujours eu comme objectif de laisser une place prépondérante à l’imaginaire du spectateur.

Rarement un cinéaste aura permis une immersion aussi totale. Et pour peu que l’on accepte de se laisser envahir par ces images et ces sons, on découvrira alors que nous les voyons et les entendons pour la première fois.

La bande sonore chez lui n’est pas illustrative, elle véhicule son propre sens, que ce soit la parole, les bruits ou la musique, ces éléments n’accompagnent pas les images, mais les transforment. Un film de Bresson s’écoute autant qu’il se voit, et un son nous raconte autant de choses qu’un plan.  « Je crois que l’ouïe est beaucoup plus créatrice que l’oeil » déclarait-il ainsi dans un entretien. Dans ces « Notes sur le cinématographe », il explique que l’oreille est profonde et inventive, qu’elle permet davantage d’explorer le dedans des êtres, des choses et des situations, alors que l’oeil est plus superficiel, il ne nous permet que de discerner le dehors, les contours.

Cette primauté du son sur la vue, ne saurait toutefois à elle seule définir l’acte de création cinématographique de Bresson. Ce serait oublier l’importance des corps et des gestes, des visages, des regards et des mains qu’il filme : fragmenter les êtres et les choses, en isoler des parties pour qu’un nouveau sens s’en dégage, et qu’une nouvelle unité signifiante s’offre ainsi à notre regard et à notre compréhension. 

Préférant le terme « modèle » à celui d’acteur, Bresson filme des personnages toujours en mouvement, et cette soi-disante neutralité de jeu de ces non-comédiens incarne bien plus qu’une figure ou un type mais « l’énigme particulière à tout être vivant ». 

Thierry Cormier

Avec le soutien de De la suite dans les images