Images de la pensée

Trois films pour aborder différemment
les notions philosophiques avec les élèves lycéens.

Images de la pensée est un cycle proposé aux professeurs de lettres et de philosophie. Chaque film est choisi en collaboration avec un enseignant, qui le relie ensuite à différentes notions au programme et propose des pistes pédagogiques.

Les films sont disponibles durant toute l’année scolaire, et les séances sont programmées à la demande. Chaque professeur peut choisir de voir un seul film, ou plusieurs. Des dossiers pédagogiques sont disponibles pour la plupart des films.


«L’amour est à réinventer»

Le cinéma nous montre des récits de vie en accéléré dans un temps bref. La contraction du temps long dans un format court apparente l’art du cinéma à l’un des exercices les plus raffi- nés de la narration. Le montage utilise la coupure et l’ellipse temporelle pour articuler les temps forts de la vie. Pour nous, c’est une excellente école d’observation des phénomènes et l’on peut dire, comme Proust l’écrivait à propos de la littérature, que le cinéma est la « vraie vie ».

Le cinéma traite inévitablement le récit des histoires qui vont de la rencontre à la séparation et nous montre l’extrême multiplicité du destin de cette identification que l’on appelle l’amour. Comment se peut-il que quelque chose d’aussi aléatoire et d’aussi incertain que la folie de l’attachement soit le plus important de l’existence humaine ? L’amour rend définiti- vement fragile toute vie humaine quelque soient les moyens dont elle dispose et quelque soient les certitudes dont elle veut s’armer.

L’amour tranche avec la certitude scientifique (pas d’algorithme de l’amour). Il ne s’accorde pas avec la société bourgeoise (qui prétend l’enfermer dans l’argent, la propriété et le confort). Il n’est pas accordé non plus à la religion (son couple hétérosexuel traditionnel, sa transmission patrilinéaire). Il ne fournit aucune certitude à la société économique fondée sur le calcul et la spéculation (travail et système capitaliste). Il est étranger aux préceptes de l’ordre de la famille, étranger aux sagesses du bonheur. Il résiste aux préceptes de cette autre morale contemporaine qui en appelle à la consommation cynique de l’objet, à l’égoïsme et à la férocité des pulsions. « L’amour est enfant de bohème.»

Le cinéma explore l’impossible de l’amour qu’une société malade de ses préceptes et de ses illusions se propose de passer sous silence.

Les trois films que nous regardons montrent que 1/ l’amour est dangereux, parce qu’il met le sujet au bord de l’abîme et qu’il s’agit de s’y risquer, que son devenir est très incertain, son destin est souvent une impasse. 2/ Il n’y a pas de vie sans abîme et sans angoisse comme le prix à surmonter pour la connaissance de son désir. 3/ Enfin l’amour est une invention absolu- ment originale de chacun un peu à la façon de l’écriture d’une œuvre, il n’existe que par la liberté de deux désirs. Les amants dans leur propre temps sont à chaque fois obligés de réin- venter l’amour.

Trois films récents le montrent particulièrement : 120 battements par minutes (Robin Cam- pillo, 2017), La La Land (Damien Chazel, 2016), The Lunchbox (Ritesh Batra, 2013) et nous nous proposons de les regarder dans cette optique.


Programmation 2019-2020

× 120 battements par minute de Robin Campillo
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La La Land de Damien Chazelle
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The Lunchbox  de Ritesh Batra